Des experts des droits humains des Nations unies ont averti que la décision du Royaume-Uni de désigner le groupe de protestation Palestine Action comme une « organisation terroriste » en vertu du Terrorism Act de 2000 constitue un usage abusif des lois antiterroristes et une menace grave pour le droit de manifester. Selon les normes internationales, les actions de protestation qui ne visent pas à tuer ou à blesser gravement des personnes — telles que les actes impliquant des dégradations de biens — ne devraient pas être assimilées à du terrorisme.
Le gouvernement britannique affirme que Palestine Action remplit les critères d’un groupe terroriste parce que certains de ses membres sont entrés dans des bases aériennes militaires et ont pris pour cible des installations liées à l’armement et à la défense au moyen de peinture, de graffitis ou d’autres actes de dégradation criminelle. Toutefois, des experts de l’ONU et des avocats spécialisés en droits humains soulignent que ces actes peuvent déjà être traités dans le cadre du droit pénal ordinaire, et que le recours aux pouvoirs antiterroristes dans ces cas est inutile et disproportionné.
L’interdiction de Palestine Action signifie désormais que l’adhésion au groupe, le soutien public, l’organisation de réunions ou même l’affichage de ses symboles peuvent entraîner des poursuites pour terrorisme passibles de peines de prison allant jusqu’à 14 ans. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a averti que cela risque de criminaliser des personnes qui n’ont ni endommagé des biens ni blessé qui que ce soit, mais qui ont simplement exercé leurs droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association. Depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction, des centaines de personnes auraient été arrêtées ou font l’objet d’enquêtes au titre des lois antiterroristes.
Des reportages récents mettent en lumière la manière dont ces pouvoirs affectent concrètement les individus. En janvier 2026, The Guardian a couvert le cas de Heba Muraisi, une gréviste de la faim dont le traitement par les autorités a été lié à des liens présumés avec Palestine Action. Son cas a suscité des inquiétudes quant au fait que les mesures antiterroristes sont utilisées contre des personnes en raison de leur participation à des activités de protestation ou de leur solidarité politique, plutôt que pour une implication dans des violences graves.
Les experts avertissent que cette approche brouille la frontière entre protestation et terrorisme et crée un effet dissuasif pour toute personne souhaitant participer à des manifestations. Elle affaiblit le débat démocratique au Royaume-Uni et constitue un précédent dangereux pour d’autres gouvernements qui pourraient être tentés de faire taire la dissidence en la qualifiant de « terrorisme ». Les formes de protestation et de désobéissance civile qui n’impliquent pas l’intention de causer des préjudices graves doivent rester en dehors de la définition du terrorisme.
En tant que Pour Chaque Victime (PCV), nous appelons le gouvernement britannique à revenir sur l’interdiction de Palestine Action, à mettre fin aux poursuites fondées sur cette décision et à réexaminer les lois antiterroristes afin de garantir qu’elles respectent les normes internationales relatives aux droits humains. L’utilisation des pouvoirs antiterroristes pour réprimer la protestation et la liberté d’expression est inacceptable, et une démocratie saine repose sur la possibilité de contester sans craindre la criminalisation.
Références
- UN experts urge United Kingdom not to misuse terrorism laws against protest
- UK: Palestine Action ban a ‘disturbing misuse’ of UK counter-terrorism legislation, warn UN experts
- The UK’s war on Palestine Action: Using anti-terror laws to prosecute protest
- Government’s use of terrorism powers against protest groups sets concerning precedent
- Europe’s Human Rights Commissioner calls out UK protest laws
- UNA-UK calls on UK Government to uphold the right to peaceful protest
- UK: New police powers to tackle protest yet another attempt to clamp down on human rights
- Hunger striker Heba Muraisi: ‘I want people to know what is happening’


